LE CORPS DE l' HOMME COMME TEMPLE ET REPRESENTATION DE L'UNIVERS
Le corps est un temple et l’âme en est la divinité. »
Il est une conception très ancienne, présente dans plusieurs grandes traditions spirituelles, selon laquelle le Temple n’est pas simplement un édifice destiné à abriter la divinité.
Il est lui-même une représentation de l’Homme, de sa constitution visible et invisible, et des lois cosmiques qui président à son existence.
L’Homme, le Temple et le Cosmos ne constituent pas trois réalités étrangères les unes aux autres. Ils participent d’un même ordre, d’une même harmonie, voire d’une même architecture universelle.
Le corps humain apparaît ainsi comme un microcosme, un monde en réduction, dans lequel se retrouvent les principes qui gouvernent le macrocosme.
Cette conception trouve une expression particulièrement remarquable dans les travaux de René Adolphe Schwaller de Lubicz, notamment dans son ouvrage Le Temple dans l’Homme, publié en 1949, puis dans son œuvre monumentale Le Temple de l’Homme.
À travers son étude du temple de Louxor, Schwaller de Lubicz développe une lecture symbolique et anthro-cosmique de l’architecture égyptienne.
Selon ses études , les proportions, les orientations, les structures et les rapports géométriques du sanctuaire ne répondent pas uniquement à des nécessités architecturales ou religieuses.
Ils expriment également une connaissance des lois de la vie, de la croissance et de la constitution humaine.
Le Temple devient alors une véritable écriture de pierre.
Ses différentes parties peuvent être comprises comme autant d’expressions des fonctions aussi bien organiques que spirituelles de l’Homme.
La géométrie sacrée ne relève plus seulement de l’esthétique : elle devient le langage par lequel les principes invisibles se manifestent dans la matière.
Cette interprétation appartient à une lecture symbolique et initiatique de la civilisation égyptienne.
Cette approche trouve des correspondances dans d’autres traditions, notamment dans l’Inde ancienne.
Dans l’architecture sacrée hindoue, le temple est lui aussi conçu comme un corps vivant.
Il n’est pas seulement la demeure d’une divinité.
Il constitue une représentation ordonnée du Cosmos, dont l’Homme porte également la structure en lui-même.
L’image accompagnant ce texte illustre précisément cette conception.
Nous y voyons un corps humain allongé, superposé au plan et à l’élévation d’un temple hindou. Les différentes parties de l’édifice correspondent à des régions corporelles et à plusieurs centres subtils, les chakras.
Le sanctuaire intérieur , où réside la présence divine représentée par le lingam, est associé à la région de la tête.
À l’autre extrémité, le gopuram, cette grande tour monumentale marquant l’entrée du complexe sacré, correspond aux pieds.
Entre ces deux pôles se déploie toute une succession d’espaces architecturaux et de centres énergétiques.
Nous retrouvons ici une idée essentielle :
le cheminement dans le Temple peut être compris comme une progression à travers les différentes régions de l’être humain.
La doctrine tantrique approfondit cette conception à travers l’enseignement des chakras.
En Égypte comme en Inde, nous rencontrons cette intuition selon laquelle la forme humaine peut servir de clef pour comprendre l’organisation du sanctuaire et, réciproquement, le Temple peut devenir une image permettant à l’Homme de découvrir sa propre constitution.
Cela ne signifie pas que les Égyptiens enseignaient la doctrine indienne des chakras, ni que les deux civilisations possédaient nécessairement une science initiatique identique.
Les langages, les doctrines et les finalités spirituelles demeurent distincts.
Mais les analogies sont suffisamment remarquables pour inviter à une réflexion sur la place de l’Homme dans l’ordre cosmique.
Car le véritable enseignement du Temple ne réside peut-être pas seulement dans ce qu’il représente, mais dans ce qu’il invite à accomplir.
Franchir ses portes, traverser ses espaces successifs, progresser vers son sanctuaire intérieur : autant d’actes qui peuvent devenir les images d’un cheminement spirituel.
Le Temple extérieur rappelle alors à l’Homme l’existence d’un Temple intérieur.
Ses colonnes, ses proportions, ses orientations, ses chambres et son sanctuaire cessent d’être de simples éléments architecturaux.
Ils redeviennent des signes.
Des signes d’une réalité plus profonde, d’un ordre invisible dont le monde sensible porte l’empreinte.
Et peut-être est-ce là l’un des enseignements les plus précieux de l’architecture sacrée : rappeler à l’Homme qu’il n’est pas étranger au mystère qu’il cherche à contempler.
Il en porte lui-même la figure.
Son corps n’est plus seulement l’instrument de son existence terrestre. Il devient le lieu possible d’une rencontre entre la matière et l’Esprit, entre le visible et l’invisible, entre l’être individuel et le Principe qui le dépasse.
Le sanctuaire le plus profond n’est donc pas nécessairement celui que l’on découvre au terme d’une procession entre les colonnes de pierre.
Il est aussi celui que l’Homme doit apprendre à reconnaître, à purifier et à consacrer en lui-même.
Car le Temple véritable n’est pas seulement celui dans lequel l’Homme entre : c’est celui qu’il est appelé à devenir lui même !
Références : René Adolphe Schwaller de Lubicz, Le Temple dans l’Homme (1949) et Le
Temple de l’Homme (1957) ; traditions indiennes de l’anatomie subtile tantrique du vastu mandala purusha




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